Toutes les sociétés menacées logent en leur sein des citoyens croyant qu’il est préférable de s’assimiler au plus puissant ou aux plus nombreux plutôt que de s’affirmer envers et contre tous.

J’hésite beaucoup à croire que certains de mes voisins soient de ceux-là.

Dans son essai intitulé « DU CANADA AU QUÉBEC (généalogie d’une histoire) » publié aux éditions de l’Hexagone en 1987, Heinz Weinman écrit en page 169 que « ce qui est difficile… c’est de garder l’Autre… à distance… parce qu’il a partie liée avec moi ».

Au temps de Champlain, deux serruriers cohabitaient en nos murs. Il y avait le mauvais serrurier qui ouvrait les portes pour l’autre et le bon serrurier qui, s’éveillant enfin, les a fermées pour nous. Dès les premières heures de notre existence, nous avons eu à combattre les doutes distillés par ceux qui ne savent pas à quel saint vouer leur âme. Certains devenus autochtones ont rejeté nos coutumes. D’autres, surtout anglais, ont rejeté notre nécessité.

À l’automne, les feuilles tombent des arbres, les masques de l’Halloween aussi. Le froid hivernal surgira bientôt. Nous sommes encore une fois soumis au tsunami électoral.

Durant la récente campagne électorale fédérale, il a été demandé à Pierre-Marc Johnson si la démocratie était menacée par la faible participation des citoyens à l’exercice électoral. Il a répondu que la démocratie ne se limitait pas aux instances politiques. Nous jouissons de la liberté d’association, de la liberté d’expression et surtout du quatrième pouvoir représenté par les journalistes. Un pouvoir parfois incertain qu’il me semble devoir être manœuvré avec beaucoup plus de soins.

La campagne électorale provinciale n’était pas annoncée que les éditorialistes « Spin doctors » fédéralistes de La Presse s’activaient déjà. Tous les matins, la curiosité me pousse à lire La Presse de papier et Le Devoir électronique. Que ce soit dans les pages de La Presse ou du Devoir, je lis parfois avec ravissement des plumes admirablement fluides. Pour ce qui est de La Presse, elle est trop souvent, je trouve cela désolant, noircie de colloïde carboné. Cela salit les doigts et bien d’autres choses. Surtout la confiance en une forme de journalisme étriqué.

Les pages éditoriales de La Presse persistent à me décevoir. Le 22 octobre, en page A31, monsieur Alain Dubuc, en bon frère ennemi, toujours égal à lui-même, parlait de déni souverainiste tout en nous révélant que depuis longtemps il souhaite l’implosion de ce mouvement. Son souhait venant d’un journaliste n’est-il pas abus de pouvoir?

Le 26 octobre, en page A23 il revient à la charge en utilisant le déficit démocratique de nos institutions politiques, comme je l’ai déjà fait remarquer dans un texte antérieur pour le Canada, et s’en sert pour diminuer l’importance du Bloc québécois. En page A26 du 28 octobre, son copain de chambre André Pratte, soutenait que s’opposer aux désirs de Jean Charest ne reviendrait pour le parti Québécois qu’à laisser dépasser un jupon partisan.

Le 30 octobre, pour Lysiane Gagnon, leur copine du dortoir voisin, le cafouillage du CHUM est prétexte à donner au PLQ les moyens de s’enfoncer encore plus dans les décisions partisanes comme celle qui a balkanisé Montréal et fait du CHUM une sorte d’OVNI à la recherche d’un terrain d’atterrissage, qui, cela est curieux, aurait atterri le même jour que monsieur Charest annonce la tenue d’élections anticipées (?). Le 31 octobre André Pratte abuse de la crise économique appréhendée pour critiquer le PQ et en faire des alarmistes. Cela n’a pas empêché monsieur Charest, sous prétexte d’affronter cette même crise supposée inexistante, de s’élancer dans l’aventure électorale. Le 31 octobre, André Pratte nous revient avec son Québec affaibli. Le 04 novembre, madame Gagnon réédite ses médisances en faisant l’éloge du pacte québécois destiné aux immigrants en écorchant le Parti Québécois au passage.

Je comprends très bien que le seigneur de Sagard soit un épigone de l’élite financière qui a construit le chemin de fer canadien pour s’assurer un marché, si ce n’est populeux, au moins très étendu. Cela, leur assurait la main mise sur des ressources naturelles incommensurables. Cela est dit sans souscrire aux thèses de complot. La nature humaine étant confrontée aux mêmes perspectives met en jeu les mêmes réactions. Où que ce soit, nous sommes toujours confrontés à l’appât du gain. Les Canadiens ne cessent de se féliciter du petit nombre de nos institutions financières en se disant que cela nous protège du chaos économique à l’américaine. En contrepartie, elles ne sont qu’une poignée à pouvoir tout contrôler à loisir. Se trouve-t-il par conséquent beaucoup de Québécois pour croire que l’élite financière canadienne veut nous garder au Canada parce qu’elle nous aime ou a besoin du produit de nos impôts? En reste-t-il qui n’ont jamais entendu parler de Péréquation? En reste-t-il qui ne comprennent pas que les aspirateurs de cigares ne veulent en fin de compte que garder la main sur le Québec de Google earth.

Il est tout à l’honneur, un accomplissement extraordinaire qu’un de nos frères, né ailleurs et, nous étant malheureusement devenu étranger, ait réussi à faire un Randolph Hearst de lui-même. Nous ne devons pas pour cela accepter les négations de monsieur Alain Dubuc, éditeur à La Presse, qui se moquait il y a peu de temps des associations que les Québécois pouvaient faire du seigneur de Sagard avec Sarko l’excité. Je ne comprends pas non plus que nous nous intéressions à ce que peut dire un certain monsieur Sarkozy qui a semblé en beaucoup d’occasions mêler allègrement le privé et le public. Je ne vois pas pourquoi les cousins et les amis, comme à l’époque des communes des années 60, devraient continuer de vivre sous le même toit? Les colocataires, c’est connu, finissent toujours par s’installer chez eux. Il est temps que Tanguy, puisque c’est ainsi que nous perçoivent les Canadiens, quitte le foyer d’accueil au sein duquel en tant qu’orphelin on l’a obligé à vivre et s’installe chez lui.

Alors que monsieur Dubuc se moquait de nous. Lundi 20 octobre au frontispice du Devoir, Michel David écrivait qu’« il y a longtemps que Paul Desmarais l’a (Sarkozy) convaincu que le projet souverainiste est dépassé »

Ce que je comprends beaucoup moins bien, c’est l’acharnement de ces hérauts du fédéralisme qui se prétendent journalistes. Tous les matins, je tente de terminer mon déjeuner à la fois informé et repu. Fréquemment souillé de leur carbone, en seront-ils fiers, je le termine exaspéré.

Plus d’une fois, nous avons entendu et lu leurs doutes sur la pertinence du Bloc. Cela n’est pas à mon sens du journalisme de douter de la pertinence d’un parti politique quel qu’il soit. Cela n’est au mieux que jugement de valeur et au pire de la simple propagande. Les journalistes ne servent-ils qu’à mesurer le pouvoir de domination ou même d’attraction de l’électorat d’un parti? J’en serais très surpris. Nous avons vu passer, ne l’oublions pas, les rhino, les socialistes, le bloc pot, etc.

C’est à la démocratie de décider du sort d’une option politique ou l’autre, pas au quatrième pouvoir.

Ces éditorialistes à la pensée unique qui se font les chantres d’une option politique au détriment de toutes les autres me poussent à l’affirmation. Je me questionne sur leur opposition incessante. Au nom de quelles valeurs persistent-ils à souhaiter notre échec? Qu’y a-t-il de plus structurant à partir d’une langue qu’une culture nationale? Un lieu qui soit nôtre. Le territoire de toutes les libertés? Même Rome, malgré son eugénisme séculaire, a appris à nous respecter.

N’en déplaise à monsieur Dubuc qui ne cesse de décortiquer l’allégeance politique à la loupe afin d’y déceler une baisse de l’intérêt souverainiste. À souhaiter qu’à Québec nous ne votions que libéral ou à Ottawa, fédéral; erre. Ses associés n’ont rien à nous offrir que nous ne sachions pas déjà nous procurer. Ils n’ont qu’un marché de dupes à nous offrir. Puisqu’elle ne peut être donnée, ils ne peuvent pas nous accorder la liberté. Ils ne peuvent pas nous rendre plus forts en nous diluant dans leur nombre. Cela n’a aucun sens. Que veulent-ils d’autre, nous passer un sapin?

Nous devrions tous les inscrire sur la liste des solliciteurs indus. Lorsque les télévendeurs téléphonent, nous leur expliquons parfois que nous n’avons pas besoin de leurs services puisque nous sommes suffisamment informés pour trouver ce dont nous pourrions avoir besoin sans eux.

Je ne peux penser à eux sans que me vienne à l’esprit le monologue intitulé « Les unions qu’ossa donne? » d’Yvon Deschamps et les imagine joyeux, vêtus d’un chandail des Sénateurs d’Ottawa à tondre les prés devant l’imposant manoir près du petit Saguenay.

Tout jeune enfant, infirme et de santé fragile, j’ai souffert d’innombrables maladies qui étaient soignées à l’hôpital unilingue anglais Royal Victoria. À la fin des années soixante, je travaillais dans la « guenille » au « Belgo building ». Le Belgo, situé au 372 Sainte-Catherine Ouest, abrite maintenant sur ses cinq étages plusieurs galeries d’art contemporain. J’y travaillais en anglais dans les bureaux et en français dans l’atelier de coupe. La métamorphose du Belgo est pour moi, à plus d’un titre, emblématique de ce qui s’est passé au Québec depuis le milieu des années soixante.

Même si, à l’ouest de l’Outaouais, l’anglais reste ce qu’il a toujours été, même si je croise parfois des Québécois unilingues anglais, le Québec a péniblement réussi à se franciser. Le butoir anglais et ses coups n’étant jamais bien loin, il nous est depuis quelque temps fortement suggéré de devenir bilingues. Pour quoi faire?

En cas? En cas de quoi? Que nous soyons finalement assimilés ou parce comme l’a écrit Louise Leduc dans La Presse de lundi 27 octobre « Le Québec est une femme capricieuse pour le Canada anglais ». Parler français au Québec serait capricieux. Être Québécois au Québec serait chimérique? Parce que l’anglais serait la langue des hommes? Parce qu’il faut parler anglais pour être respecté au Canada? Pour parler au plombier, acheter du lait à l’épicerie, demander une augmentation à mon patron, parler avec mes amis, ma compagne, mes enfants, mon médecin, pour les quelques semaines que nous passons sur les plages de Floride au cours d’une vie. Sûrement pas pour visiter l’Italie, ou l’Espagne, même le Mexique, pourquoi pas le Chinois tant qu’à y être. Cela doit être extraordinaire de passer trois heures sur la muraille de Chine en badinant mandarin avec son guide.

Pour ma part, je ne doute pas un instant que ma langue m’ait fait. Je suis devenu la langue que je parle. Elle est les yeux qui me permettent de voir le monde. Si ma langue avait été autre, le monde aurait été différent pour moi, je serais, je n’en doute pas un seul instant, différent. Je ne serais tout simplement pas né si mon père et ma mère ne s’étaient pas unis tels qu’ils étaient au bon moment. Nos détracteurs ne sont ce qu’ils sont que parce ce que nous sommes ce que nous sommes.

Ce que je suis, qui ne peut être différent, mon identité et ma voix sont, les attributs d’un citoyen ordinaire. Je ne suis pas, en mon identité nationale, le salarié de qui que ce soit. Durant vingt-cinq ans, j’ai travaillé à toutes sortes de métiers aux quatre coins de Montréal et même de la province, de Lebel-sur-Quévillon à Fermont. J’ai retenu, je l’espère, l’indépendance d’esprit de mes confrères et consœurs de travail. J’ai, durant cinq ans, le temps de terminer un bac et une maîtrise en enseignement, occupé les bancs de l’UQÀM. Finalement, j’enseigne les arts plastiques, que je pratique sans discontinuer depuis plus de quarante ans, au secondaire à des élèves en difficultés d’apprentissage. Je ne réponds à aucun intérêt autre que celui du cœur.

Cette liberté de faire et d’être qui est mienne, que j’ai choisie tôt dans la vie, me permet d’affirmer que la souveraineté est plus un cri du cœur qu’un mouvement.

Il y a 500 ans de cela, on entendait dire qu’un cheval on le mettait au monde et qu’un homme (une femme également) on l’éduquait.

Cela demeure vrai. Alors que nous naissons tous humains, nous naissons également ouverts à toutes sortes d’options. Cela permet l’évolution rapide des cultures et améliore les chances du génome de s’adapter à une réalité changeante. Notre identité se constitue au fur et à mesure. Finalement, elle devient aussi vraie que si nous étions nés ainsi.

La culture et l’idée de nation ont fonction structurante. Le pépin de pomme qui finalement devient pommier et non pas prunier.

Je ne suis pas souverainiste par hasard, je le suis parce que je suis souverain là où cela compte réellement. Dans les vraies affaires, dans la vraie vie dirions-nous. Je le suis parce que c’est ainsi que je suis fait, c’est ainsi que je suis devenu. C’est ma nature. Je n’ai pas choisi de devenir prunier, de toute façon cela ne serait que pour les prunes. Je suis devenu pommier parce que c’est l’arbre qui pousse le mieux en ces terres. Peut-être serais-je ailleurs devenu saule pleureur. Nous ne le saurons jamais. Cela n’a aucune importance.

Je suis souverain lorsque je parle en français, lorsque, encore mieux, j’écris en français, lorsque j’explique la signification d’un mot de notre belle langue à un élève. Je suis souverain à l’arrêt à une intersection plutôt qu’au stop. Je suis souverain avec mes parents et amis, pour mes parents et amis. Je suis comme tous mes compatriotes qui me comprennent et me respectent, que je comprends et respecte, souverain avec eux, pour eux en ces terres.

Puisque nous sommes vulnérables et sans cesse menacés, lorsque tout a été dit, c’est malheureusement ainsi que les choses humaines se font : nous devons nous affirmer comme si nous étions nés munis de crocs et de griffes plutôt que de poésie et d’âme.

Il y a quelques semaines de cela, l’acteur américain Paul Newman est décédé. Un journaliste lui avait déjà demandé pourquoi il avait été fidèle à son épouse durant de longues décennies. Il a alors expliqué qu’il n’avait pas à se contenter d’un hamburger à l’extérieur lorsqu’il avait du steak à la maison.

Pourquoi faire partie d’un ersatz de pays créé de toutes pièces par les Britanniques et d’une élite financière avide alors que nous portons déjà en notre cœur une nation qui nous ressemble? Pourquoi devrions-nous en période électorale accorder notre confiance à un homme qui ne croit pas en nous et voudrait nous livrer pieds et poings liés à ceux qui ne savent pas nous aimer?

Pourquoi rester associé à une structure politique dans laquelle nous serons éternellement minoritaires, dans laquelle quoi que nous fassions, tant que nous ne disparaîtrons pas, nous serons incongrus? Cela n’est pas sorcier. Autant un chat est un chat, autant un anglo-saxon est anglo-saxon, autant un francophone reste un héritier de Molière.

Est-ce pour cela que certains souhaitent le bilinguisme au Québec, pour nous diluer dans la masse?

Le mot liberté est mêlé à toutes les sauces. Il en est devenu éculé. Il est à examiner de près. Un enseignant du secondaire y est souvent confronté. Un mot valise qui permet tous les excès, un passeport au laxisme. Si on en examine la raison d’être, nous devons en premier lieu nous demander ce que nous sommes lorsque tout a été enlevé.

Nous sommes d’abord vivants. Pour vivre, nous devons d’abord en avoir la liberté, la liberté d’accéder aux ressources nécessaires à la survie. La liberté de se rendre jusqu’à ces ressources, la possibilité d’accéder aux ressources pertinentes. La liberté n’est pas n’importe quoi, n’importe comment.

Nous ne sommes pas que vivants. Nous sommes aussi humains. Nous ne pouvons le nier, nous naissons à la vie par le vivant ou ne naissons pas. Humains, nous le devenons par la suite, sinon nous n’aurions ni psychopathes, ni criminels. Humains nous le devenons graduellement. Comme le fœtus passe par le canal utérin pour naître à la vie et devenir un bébé, le bébé passe par la nuée langagière pour émerger à sa nature d’humain.

Souvenons-nous de Socrate. Son corps aurait pu survivre, même en anachorète au cœur du désert, mais son cœur ne pouvait continuer de battre hors de la cité qui lui donnait tout son sens.

Je me demande pourquoi je devrais accepter le rôle de Sisyphe confronté à d’éternels recommencements plutôt que de poursuivre ma croissance sans fil à la patte, sans doute et sans hésitations, la tête haute.

Surtout librement comme la vie s’y attend?

Je souhaite à tous mes compatriotes de voter pour eux, pour assurer leur liberté d’être tel qu’ils devraient devenir.

Louise Harel, notre Louise Harel du quartier Hochelaga-Maisonneuve quitte la politique. Tout un quartier en était venu à la considérer comme une amie, un membre même de la famille. Elle quitte la vie politique, mais je ne crois pas qu’elle quitte la place qu’elle a su prendre dans notre cœur.

Merci et bonne chance Madame Harel!

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