Héraclite, philosophe grec ayant vécu vers 500 av. J-C., disait : « On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve. » Allez donc savoir comment : Il n’y a que certains journalistes qui, certains jours, surtout en période électorale, y arrivent.

Contrairement à ce que monsieur André Pratte prétend dans son éditorial en page A28 de LaPresse de jeudi le 25 septembre, ce n’est pas le mouvement séparatiste québécois qui est menacé par la vision obtuse de monsieur Harper. S’il ne s’agissait que de cela, il n’y aurait pas de quoi s’énerver le poil des jambes. Nous le savons tous, le mouvement souverainiste, comme le ressac de l’eau, ça va, ça vient. Ce sont les acquis de la modernité qu’il menace grossièrement.

Il y a quelques semaines de cela apparaissait dans les pages de LaPresse de monsieur Pratte une étude sur le port de l’uniforme à l’école secondaire. Selon ce sondage, la majorité des élèves n’ayant pas à porter l’uniforme à l’école sont contre et la majorité des élèves ayant à le porter sont pour. J’enseigne à l’école secondaire et tous les jours je le constate, les élèves ne voient pas la nécessité d’acquérir les connaissances que nous leur proposons avant de les avoir intégrées et ne peuvent s’en passer lorsqu’ils les maîtrisent.

Un chercheur du nom de Peter Buffett a conduit plusieurs expériences pour savoir ce qui nous rendait le plus heureux : être placé devant des choix ou avoir choisi. Ses recherches lui ont permis de conclure que ce qui nous rendait le plus heureux n’était pas de pouvoir choisir, mais plutôt d’avoir choisi et de ne plus avoir à le faire.

De même pour la souveraineté. Lorsqu’elle sera faite, il ne restera qu’une minorité de nostalgiques à s’en désoler.

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21 septembre 2008
L’artiste n’aurait que des opinions?

En page A 24 de La Presse de vendredi le 19 septembre 2008, sous le titre réducteur de « L’opinion artistique », le distingué journaliste Mario Roy nous sert une vision plus qu’insolite de l’artiste québécois. Il n’hésite pas à utiliser ce mot valise, et de ce temps-ci honni, qu’est … être de « gauche ». Terme fourre-tout dans lequel on met bruyamment tout ce qui, à un certain moment, est québécois ou qui, à une autre occasion, s’éloigne du capitalisme sauvage représenté par le désinvestissement de l’état, dont on voit pour la énième fois le résultat catastrophique chez nos voisins du sud (E.U.)

Par la suite, monsieur Roy énumère plusieurs critiques envers l’engagement social des artistes.

Il nous reproche notre pacifisme : Il me semble qu’une main peut être ouverte ou fermée. Pourquoi faudrait-il qu’elle ne soit que fermée pour frapper?

Notre antiracisme : Nous ne sommes pas antiracistes. Nous ne pouvons être antiracistes. Ce n’est pas un combat, une compétition. Nous sommes pour la tolérance, pour le droit à la vie et à la différence. N’est raciste que celui qui doute de son identité. Qu’y a-t-il d’anormal à accepter la différence lorsque nous savons qu’il n’y a qu’un génome humain?

Notre féminisme : Nous reconnaissons tous avoir une mère, une compagne, des sœurs, des filles et même des petites filles. Leur valeur est indéniable. Il y a à peine deux mille cinq cents ans de cela, un certain Platon disait que se priver de la raison des femmes revenait à se priver d’un de ses deux bras. Cela ne serait plus estimable?

Il nous reproche notre respect de l’environnement qui pourtant est essentiel à la survie de tous, y compris celle d’un journaliste s’étant peut-être levé un matin du mauvais pied. L’improvisation et le laisser-aller, le tout à l’égout seraient donc excusables?

Il nous reproche notre altermondialiste. Sous d’autres cieux, à une autre époque, beaucoup sont morts pour la liberté, l’égalité et la fraternité de tous entre tous. Même si nous n’avons plus à marcher vers la mort pour protéger ces valeurs, sont-elles pour cela moins nécessaires?

Il prétend que nous serions également anti-états-uniens. Cette nation sortie directement de la cuisse de Jupiter est-elle si admirable, fait-elle un usage de sa puissance si sage que nous ne puissions la critiquer?

Monsieur Roy y voit une anomalie politique unique en Occident. Même si son incidence est inévitablement politique, nous avons justement à observer ici une culture unique en Occident dont les artistes québécois tirent l’essentiel de leur inspiration.

Nous nous en souvenons tous, le 9 août 1948, Paul-Émile Borduas publiait le Refus global. Il s’ensuivit ce qui s’est appelé la révolution tranquille. Nous avons alors remis à leur place les ambitions monopolistiques de Rome. Heureusement, nous n’avons pas, comme on dit, jeté le bébé avec l’eau du bain.

Nous le constatons tous les jours. Alors que nous croyons accomplir une chose, nous obtenons un effet surprenant. Il y a toujours plus dans nos œuvres que ce que nous pensions y mettre. Alors que Rome croyait faire de nous des Romains, nous étions exposés aux valeurs radieuses du christianisme et en avons compris les enseignements. Ses valeurs font partie intégrante de notre nature profonde. Épris de liberté, nous avons assimilé les valeurs humaines sous-jacentes du christianisme. Nous en avons fait un humanisme qui est devenu une part importante de notre psychisme collectif.

Il n’y a pas là, même un peu, comme le prétend monsieur Roy, matière à s’inquiéter. Ce n’est surtout pas qu’une question « d’opinion ».

Il y a là plutôt de quoi se réjouir. Un artiste ne se contente pas de déclamer au théâtre. Il ne fait pas que brosser des couleurs sur une toile. Il ne se contente pas de jouer devant une caméra, de danser sur une scène ou de couvrir le papier de prose ou de versifications. Il fait du sens, il cherche l’authenticité et lorsqu’il la trouve, il l’explore et la présente à nouveau. Hors de toute raison, passionnément, il cherche à être. Il nous cherche et montre où il nous trouve.

Monsieur Roy s’est-il déjà assis devant une toile de Jean-Paul Lemieux suffisamment longtemps pour y voir ce qui était montré qui ne soit ni toile ni pigment? S’est-il déjà assis à contempler un Paul-Tex Lecor et de bien d’autres pour y voir Charlevoix par delà le chevalet? A-t-il déjà réellement regardé le conflit entre les masses de néant et de lumière sur les toiles de Borduas?

Fréquemment on me dit avoir une tante, un frère, une sœur, un ami s’essayant à la peinture ou à l’écriture. L’amitié et la confiance envers nos artistes permettent au Québec de découvrir où il va. En compagnie des artistes, les Québécois ne peuvent que confirmer leur identité et leur caractère. L’art ne peut tout de même pas servir qu’à vendre des bidules à la télé. Les artistes québécois dont les racines sont plongées profondément dans une société singulière en Occident, surtout de ce côté de l’Atlantique, ne peuvent éviter de mettre cette optique en forme. Ce ne sont pas les artistes de la société voisine.

Quel que soit notre penchant partisan, nous ne pouvons pas l’ignorer. Par eux nous avons une société à comprendre. Elle n’est pas qu’à mépriser.

P.S. Que nous dit Michael Fortier? Que les Conservateurs n’ont pas l’intention de respecter les votes des Canadiens, surtout des Québécois qui n’auront pas votés pour eux? À une autre époque, n’appelait-on pas ça du patronnage? Ils démontrent ici une vision plus qu’étriquée de la démocratie. Ils n’en ont qu’une vision étroitement partisane.

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