Monsieur Antoine Chagnon, président de l’entreprise Lallemand, inaugurait la sculpture monumentale publique intitulée Triptyque du centenaire Lallemand 1915-2015. Il s'agit d'une œuvre d’art permanente en reconnaissance des travailleurs de l’usine qui se trouve sur la rue Préfontaine, au bout de l’allée centrale du beau parc fraîchement rénové Sarah-Maxwell, adjacent à la rue Lafontaine, dans le quartier Hochelaga.

Créateur de culture, l’artiste est chercheur d’Être, de sens et de conscience.

Par l’art il imagine l’univers culturel dans lequel nous découvrons notre humanité.

Sans les artistes nous en serions réduits à jouer de notre humanité à l’oreille.

                                                                                  Bourjoi

Le 2 juin 2018, en compagnie de monsieur Pierre Lessard-Blais, maire de l’arrondissement Mercier—Hochelaga-Maisonneuve, mesdames Carole Poirier et Marjolaine Boutin-Sweet, respectivement députées provinciale et fédérale, et Bourjoi l’artiste, monsieur Antoine Chagnon, président de l’entreprise Lallemand, inaugurait la sculpture monumentale publique intitulée Triptyque du centenaire Lallemand 1915-2015. Il s’agit d’une œuvre d’art permanente en reconnaissance des travailleurs de l’usine qui se trouve sur la rue Préfontaine, au bout de l’allée centrale du beau parc fraîchement rénové Sarah-Maxwell, adjacent à la rue Lafontaine, dans le quartier Hochelaga.

            Voici son histoire.

            Depuis 1915, sur la rue Préfontaine dans le quartier Hochelaga, se trouve une usine venant d’un autre temps, d’une autre manière de vivre le monde. Cette usine n’est qu’à quelques pas de mon atelier.

Au cours des ans, le monde autour d’elle, notre monde, a subi de nombreuses mutations. L’usine a été agrandie et rénovée à plusieurs reprises.

Gilles Lipovetsky, dans son ouvrage intitulé L’Esthétisation du monde: vivre à l’âge du capitalisme artiste, affirme que certaines entreprises et corporations se sont transformées en même temps que la société en se donnant la responsabilité de contribuer par l’art et le design à la beauté du monde. Il semble que ce soit le cas pour cette entreprise de notre quartier.

En 2015, l’usine Lallemand fêtait son centenaire en ouvrant ses portes au voisinage. Cela a été l’occasion pour beaucoup de citoyens de découvrir que depuis sa fondation, l’usine produisait des levures alimentaires, destinées majoritairement à la boulangerie.

Pour le quartier Hochelaga-Maisonneuve, je suis l’artiste-ouvrier d’Hochelaga. Il y a un vieil adage qui dit que nul n’est prophète en son pays.

Pourtant, malgré tout ce qui se dit sur le quartier Hochelaga et ses habitants, les responsables de l’usine Lallemand m’ont demandé en 2015, sans avoir la moindre idée de ce que je leur proposerais, de réaliser une œuvre d’art monumentale publique soulignant le centenaire de leur usine de la rue Préfontaine.Cette confiance semble aller de pair avec leur profond attachement à notre quartier.

Réaliser une sculpture monumentale publique sur commande est pour un artiste un beau défi. Un défi artistique, esthétique et technique d’une grande complexité qui risque d’être examiné et parfois jugé impitoyablement de toutes sortes de manières durant longtemps.

Lorsque je réalise une œuvre hors de mon parcours artistique personnel, destinée à témoigner imperturbablement pour les années à venir de mes capacités de devin et de chantre, je sais très bien que je suis au service d’un art qui doit se confondre avec le présent et son sujet jusqu’à sembler en avant de son temps. Ce qui lui permettra de supporter l’usure du temps auquel elle sera exposée. 

Durant des semaines, voire des mois selon l’importance du projet, je dois oser me maintenir en état de vulnérabilité réceptive. Rester ouvert comme une huître livrant une perle alors qu’elle est à nacrer l’éclat de son noyau.

C’est comme si, l’expérience aidant, les fontanelles s’ouvraient de nouveau afin de laisser entrer une myriade de moments sublimes. Ce qui par la suite permet de puiser l’inspiration à de nombreuses sources émotives et intellectuelles.

Au cours de cette période de vie intérieure vécue à vif, un simple vol d’outardes caquetant joyeusement tout en haut de l’azur glacial, une pièce musicale ou de simples petits gestes humains deviennent magnifiquement émouvants.

Lorsque j’ai appris que malgré sa présence sur le sol d’une quarantaine de pays, l’entreprise Lallemand était toujours une entreprise persistant à demeurer familiale et profondément attachée à son lieu d’origine, j’ai pensé à Adam Smith. Ce réputé père de l’économie moderne considérait dans son ouvrage La richesse des nationsque l’entreprise de type familial était le modèle d’affaires idéal puisqu’elle était génératrice de ce qu’il appelait des cercles vertueux, contrairement à d’autres modèles qui avaient plutôt tendance à produire des cercles économiques vicieux.

C’est ainsi que j’ai trouvé le cœur de l’inspiration qui allait porter le sens de cette œuvre. Si cela avait été une autre entreprise dotée d’un autre caractère, cela aurait été différent.

Avec l’usine Lallemand, il m’a semblé évident d’associer la famille au cœur de l’usine à la famille élargie composée des travailleurs employés de l’usine.

De là m’est venue l’idée d’inscrire le nom de 100 travailleurs ayant travaillé et/ou étant toujours employés à l’usine. Soit un employé par année d’existence de l’usine de la rue Préfontaine.

La direction a tenu à faire encore mieux en inscrivant plutôt le nom de tous les employés y ayant travaillé plus de 25 ans. Madame  Lise Chabot-Courchesne, la doyenne des employés avec ses 52 années d’ancienneté, était très heureuse d’être présente lors de l’inauguration. Parmi les noms des employés de l’usine, on retrouve aussi naturellement le nom de son fondateur, Fred Lallemand.

De fil en aiguille, l’œuvre et son histoire ont pris forme.

Guidé par ces motifs forts de langage plastique et mettant à profit mes 50 années d’expérience, j’ai fait cette œuvre en collaborant étroitement avec messieurs Martin Cyr, directeur de l’usine, et Antoine Chagnon, jeune président de l’entreprise.

La sculpture dans sa forme finale est le résultat de cette collaboration étalée sur deux années et demie.

C’est ainsi que je l’ai présentée le 2 juin dernier en décrivant une partie des éléments la composant.

Il y a 3000 ans de cela, nous avons inventé l’écriture pour compter les moutons et les brebis. Après quelques siècles d’usage, compter est devenu conter, raconter des histoires.  Nous avons appris à nommer les choses et les êtres. Nos dictionnaires et encyclopédies sont remplis de centaines de milliers de mots.

Mais aucun terme, aucun mot, ne porte autant d’histoire et de sens qu’un nom propre, que le nom d’une personne qui vit ou a vécu.

Pour cette oeuvre, il ne pouvait y avoir de plus grande ni de plus profonde inspiration que la représentation formelle d’une constellation de 105 noms propres.

            Cette sculpture est presque entièrement constituée d’acier inoxydable, couramment utilisé dans l’industrie alimentaire. Lorsqu’il est bien traité, l’acier inoxydable est un métal inaltérable, qualité représentative des valeurs de l’entreprise et de ses employés. Des valeurs familiales, de science et de vie par la production alimentaire qui habite l’usine depuis le début de son existence.

            Le module central du triptyque, incluant le socle, est de 100 pouces, pour symboliser les 100 ans de l’usine. J’ai utilisé les mesures impériales qui étaient en usage lors de sa fondation.

À gauche, l’extrémité supérieure de la balise de l’année de fondation est oblique, comme le bout de la balise plus haute à droite, qui porte le nom du fondateur de l’entreprise. De la balise de gauche à la balise de droite, on peut tracer une ligne virtuelle qui accompagne la progression de l’entreprise au cours de son siècle d’existence, qu’on peut finalement relier au nom de son fondateur, porteur d’histoire et de sens.

À travers les 6 millimètres d’épaisseur du dur acier inoxydable, le nom de Fred Lallemand est découpé en grosses lettres. 

Venu d’Alsace près des frontières de l’Allemagne, pour s’installer au Québec, il a rapidement reçu le sobriquet de « l’Allemand », qu’il a tout bonnement adopté, ce qui en dit beaucoup sur sa capacité à s’intégrer à notre société. Son entreprise se reconnaît maintenant à ce nom propre, Lallemand, chargé de sens et d’histoire.

Les vitraux ornés d’illustrations des églises ont longtemps fait office de mémoire tout en accomplissant une fonction pédagogique. Les vitrines et les affiches de notre temps également. J’en ai fait les deux panneaux latéraux, beaucoup plus légers et lumineux, du triptyque.

Celui de gauche est illustré d’une composition de photos en noir et blanc, comme l’étaient toutes les photos pour une partie importante du XXe siècle.

            À la droite du mur des jubilaires, l’autre vitrine de verre imprimé est en couleur à l’encre de céramique sur verre trempé et laminé.

En informatique, la couleur est considérée avoir de la profondeur. C’est un autre élément de composition qui, pour moi, symbolise la complexité technologique du XXIe siècle tout en illustrant plusieurs produits dans lesquels les levures alimentaires sont utilisées. La boulangerie, de première importance, est tout en haut.

            Finalement le module central du triptyque est entièrement fait d’acier inoxydable. Au centre, j’ai fixé un intercalé en creux, en acier inoxydable, que je dis tricoté, ce qui n’a pas été aisé à fabriquer. Il représente la spirale de l’ADN comme si elle était en trois dimensions.

Cet ADN symbolise l’entrée de l’entreprise au XXIe siècle, la dimension scientifique à la base de la production des levures, ainsi que la nature vitale de l’entreprise et de ses artisans.

            De part et d’autre de cet ADN, j’ai fixé 12 plaques en acier inoxydable portant les précieux noms des 105 travailleurs ayant chacun oeuvré à l’usine durant 25 ans ou plus.

Les 12 plaques découpées à l’aide du procédé à haute technologie du jet d’eau représentent les 12 mois de chacune des années composant le siècle. Le chiffre 12 est également représentatif des 12 heures de l’horloge qui scandent la vie du personnel de l’usine.

Créer cette oeuvre a été pour moi un ravissement de tous les instants. Une belle aventure et une expérience d’une intensité incomparable.

 

Bourjoi, artiste ouvrier d’Hochelaga

19 juin 2018

Monsieur Antoine Chagnon, président de l’entreprise Lallemand, inaugurait la sculpture monumentale publique intitulée Triptyque du centenaire Lallemand 1915-2015. Il s'agit d'une œuvre d’art permanente en reconnaissance des travailleurs de l’usine qui se trouve sur la rue Préfontaine, au bout de l’allée centrale du beau parc fraîchement rénové Sarah-Maxwell, adjacent à la rue Lafontaine, dans le quartier Hochelaga.

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