Sur Facebook un ami m’a demandé ce que je pensais du modèle démocratique québécois. Je ne pouvais répondre en deux ou trois mots. Je devais cette semaine effectuer quelques heures de surveillance à peu près passives au travail. J’en ai profité pour écrire une réflexion plus approfondie sur la question. Si vous en avez la patience et suffisamment confiance en ma sincérité, je vous propose d’en faire la lecture. L.Bourjoi, Montréal. ;-)?(-:
Comme vous, je suis tout à fait pour que nous ayons un pays à nous. Un pays est une métaphore de famille élargie. Une famille qui nous accepte tel que nous sommes et nous protège tels que nous sommes. C’est également une grande famille à laquelle nous désirons ressembler. Je suis québécois et souhaite ardemment que le Québec soit québécois pour que je m’y sente bien et en sécurité en tant que citoyen québécois.
Je précise:
La vie est ainsi faite que tous les organismes vivants doivent pour survivre être pourvus d’un système immunitaire actif. Il en est de même des cultures. Les seules cultures qui durent sont celles qui sont dotées du meilleur système immunitaire et dans le cas humain également relationnel (des crocs et des griffes acérés également en certaines occasions). Nous ne sommes pas constitués que de chair et de sang, nous avons également un esprit qui contribue beaucoup plus que les bras et les jambes à faire de nous ce que nous sommes.
Les différences culturelles entre les sociétés occasionnent une problématique déchirante. L’humanité dans son ensemble ne représente qu’une seule espèce. Pour cette raison la différentiation entre les groupes humains ne peut être que culturelle. Par crainte d’exclusion ou peur de perdre le combat pour la vie, certains groupes humains s’opposent à ce qui semble différent (cela les rassure peut-être de croire que toute l’espèce n’ait qu’une identité, une seule manière de rester en vie). Par conséquent certaines cultures sont menacées par l’assimilation. Là où un homme peut vivre, tous peuvent y vivre. L’assimilation est toujours possible. Certains citoyens sont susceptibles de succomber à la tentation en acceptant de se fondre dans la masse. Génétiquement en tant qu’espèce constituée d’individus dont le principal objectif sera toujours de rester en vie, la survie exclusive de chacun restera primordiale tout en étant tributaire des objectifs à très, très long terme de la vie génétique. Heureusement pour nous, nous ne sommes pas que des organismes vivants. Même s’il n’y a pas de variations génétiques entre rester en vie en français ou en anglais, la diversité entre les groupes humains reste essentielle. Tout bon biologiste sait très bien que la diversité des espèces vivantes est un des mécanismes les plus efficaces au service de la vie. Cela permet à la vie de s’adapter à d’innombrables environnements. En ce sens la culture des « Amish people » est probablement idéale et survivra sûrement à l’effondrement possible de la société américaine. La vulnérabilité du vivant est inversement proportionnelle à sa diversité. Lorsqu’il n’y a qu’une seule espèce, il n’y a qu’un modèle de défense physique ou immunitaire. La moindre agression peut se transformer en épidémie ou en catastrophe insurmontable. Pensons à l’effondrement économique actuel qui ne cesse de perdurer parce qu’il est incapable de s’adapter aux changements requis par les problèmes matériels croissants qu’il a engendré. Ou encore la catastrophe écologique qui ne fait que s’accélérer parce que nous nous accrochons à des manières globalement insoutenables pour accomplir les tâches essentielles à la vie. Un système immunitaire incapable de s’adapter est un système immunitaire déficient.
Ne l’étant pas génétiquement, il est très important que l’espèce humaine soit différenciée culturellement, socialement et de toutes sortes d’autres manières. Toutes ces différences et en particulier la différenciation culturelle avec son cortège d’originalité sont les meilleures garanties à long terme de la survie de l’espèce humaine. La culture des Québécois est historiquement différente de la culture nord-américaine et contribue ainsi de fait par son influence à la survie de tous. Les forces les plus funestes qui s’opposent à la vie québécoise ne viennent pas de la réalité concrète comme elles le devraient, mais bien d’autres cultures humaines.
Je ne suis pas québécois seulement parce que j’ai été nourri au sein d’une mère québécoise et en ai appris la langue. Je le suis également par respect du bon-sens. Une culture qui a survécu à d’innombrables vexations, à l’eugénisme et au rejet sous plusieurs formes depuis plus de trois siècles et qui a malgré tout préservé suffisamment de vivacité et de forces morales pour se rénover presque de fond en comble à travers une révolution dite tranquille inespérée malgré des influences néfastes titanesques, ne peut qu’être remarquable et indispensable à tous. Autant le caractère de Maurice Richard était l’espoir d’un peuple, autant la culture Québécoise représente un des espoirs de l’humanité.
Plutôt que souhaiter notre disparition, nos voisins culturels devraient se concentrer plutôt sur leur propre existence et nous encourager à persister et à grandir dans nos particularité. Les besoins au long terme de l’espèce ne correspondent pas nécessairement aux ambitions de certaines élites. Au Québec comme ailleurs, depuis quelque temps, nous le constatons à travers les turbulences sociales se manifestant un peu partout sur la planète.
La distance moyenne au Canada entre le lieu de résidence et le travail du citoyen est de 7,18 kilomètres. Pourquoi un citoyen qui n’a que quelques dizaines de kilomètres à couvrir pour vivre sa vie, aurait-il besoin de se croire propriétaire des 4 600 kilomètres de routes séparant St-John de Victoria? Peut-il en faire l’entretien et les parcourir de bout en bout fréquemment? Quelle différence cela fait-il qu’un bout soit francophone et qu’un autre bout soit anglophone? Ni le bitume, ni le ciel au dessus ne s’en plaindraient. Les routes du Québec si elles étaient québécoises ne seraient plus carrossables ? Qu’une culture voisine ait son pays à soi est une menace à sa vie dans son patelin?
La culture québécoise est un modèle de résilience. Chaque culture originale, qu’elle soit Anglo-saxonne ou Québécoise fait pour l’espèce humaine ce que l’espèce humaine ne peut génétiquement faire pour elle-même. Chaque culture, je le répète, représente par son originalité, une garantie supplémentaire de survie pour l’humanité. Il faut garder à l’esprit, puisqu’on ne peut être conscient que de ce que l’on reconnaît et comprend clairement que la vie se reproduit en passant par un organisme à la fois.
L’organisme individuel est le véhicule permettant à l’ADN de traverser le temps avec succès. Les milliers de générations d’humains qui nous ont précédés ont survécu en tant qu’individus malgré des contextes naturels effroyables (plus de vingt et une espèces d’hominidés nous ont précédés ou à certains moments accompagnés. Vingt de ces vingt et une espèces sont aujourd’hui disparues. Il ne reste que nous). Cela a par nos gènes fait de nous des individus prêts à affronter la nature et ses oeuvres impitoyables à tout instant. D’instinct nous ne savons pas faire de différence entre un adversaire humain ou une bête (?) Heureusement pour nous, cela s’apprend (?) et le temps presse. Le danger adopte plusieurs formes alors que notre réaction est toujours la même. Il est aisé d’imaginer que nos ancêtres éloignés n’aient eu durant des milliers de générations qu’un éventail restreint d’émotions à leur disposition pour décoder l’état de leur survie dans le réel. Le langage des émotions est capital. Nous devrions lui prêter une oreille plus attentive. La détresse des foules n’est en aucune manière insignifiante.
Que sont l’épuisement professionnel et la dépression si ce n’est la manifestation des émotions qui baissent les bras douloureusement? Lorsque le jeune homme s’est immolé l’été dernier, il a démontré la valeur toujours actuelle de l’émotion qui encore de nos jours représente mieux que quiconque l’état de la vie dans une situation donnée. (La psychologie, d’ailleurs, tente surtout de décoder l’articulation entre ce qui fait vivre « les instincts dont le langage n’est que simples [?], mais essentielles émotions » et ce qui fait être « avec les autres, en faisant usage de signes et de mots complexes dont on pourrait à la rigueur se passer »). L’humain est très bien adapté en petit groupe à certains environnements naturels. En contrepartie, nous sommes très peu préparés à vivre en très grand nombre dans un environnement artificiel très complexe que nous inventons au fur et à mesure.
Nous devons apprendre à nous adapter à notre propre nature en mettant sur pied une société dans laquelle il y a de la place pour les mécanismes génétiques hérités de milliers de générations et la vie dans un milieu fait d’innovations récentes destinées à un très grand nombre d’individus limités par leurs moyens émotifs et intellectuels. (La première ville n’a été érigée qu’il y a 8000 ans. Ce n’est pas depuis assez longtemps pour modifier le génome humain.) « Le bon (?) sauvage » que croit être d’une certaine manière chacun d’entre nous s’est longtemps contenté de son état de chasseur-cueilleur opérant en petits groupes. Il ne suffit pas d’attribuer un titre ronflant à un « bon sauvage » comme nous le faisons en politique ou en économie pour que cet individu soit un meilleur esprit collectif qu’aucun d’entre nous. La société des hommes, le pays, la nation, doit en tenir compte. (Combien y a-t-il eu de Gandhi et de Mandela au cours de l’histoire de l’humanité qui a vu naître et mourir des milliards d’humains, pour combien de Madoff?)
Je ne crois pas qu’une vie humaine soit destinée à devenir un gros objet agité, toujours plus gros, toujours plus agité. Notre nature individuelle n’est tout simplement pas équipée pour gérer ça, le gros, le très gros et le très complexe. La mégalomanie est une forme de pathologie psychique de l’esprit humain. Lorsque nous croyons y arriver, ce n’est qu’en simplifiant les objectifs au mépris souvent des motivations originales. Les hôpitaux que les patients découragés par l’attente quittent avant de voir un médecin en sont un exemple. L’élève qui quitte l’école secondaire presque analphabète en est un autre. Un ministère qui endette un citoyen jusqu’à la paralysie financière en est un autre. La démocratie qui repose sur le vote de chacun et se dit incapable de considérer les attentes de chacun en est un autre. Le travail qui ne permet pas au salarié de vivre la vie que la société lui impose en est un autre exemple. Combien de fois en une année entend-on que payer des hommes et des femmes pour faire le travail qui doit être fait coûtent trop cher alors qu’un bout de métal jaune de peu d’utilité ou quelques litres d’or noir toxique atteignent une valeur ridiculement élevée, Etc. Aucun système complexe qui se prétend actuellement moderne alors que son origine ne l’est pas n’arrive à atteindre les objectifs qu’il prétend accomplir.
Il suffit de regarder afin de voir pour détecter nos limites à organiser l’universel. Je peux dès à présent et sans aucune hésitation présumer qu’aucun système étatique ou privé ne viendra jamais à bout bien longtemps des objectifs généralisés que sont l’économie, la santé et l’éducation. Nous ne jouissons pas des capacités émotives et cérébrales qui le permettent. Tant que l’approche et le pouvoir d’intervenir ne seront pas locaux, il y aura toujours des exclus et des échecs cuisants. Aucun psychisme ne peut prétendre à l’universalité ( Il a été déterminé que la limite cérébrale des contacts sociaux de type famille élargie s’établissait pour l’humain à deux-cents ou trois-cents personnes. Passé ce nombre, lorsque le symbolique représenté par les conventions sociales (imaginaire culturel) n’arrive pas à prendre le relais, nous ne sommes entourés que par des étrangers (les autres, eux, les préjugés, le racisme, etc.). Dès qu’un système (monopolistique) se veut universel, à moyen ou long terme (lorsqu’il devient lui-même pour ceux qui y oeuvrent un environnement refermé sur lui-même) il s’enraye irrémédiablement jusqu’à ce qu’il s’effondre. Si on ne le laisse pas s’effondrer, il ne peut que devenir l’équivalent d’une tumeur. Le mécanisme de l’apoptose (date de péremption) devrait être inscrit dans nos systèmes comme il l’est dans nos cellules. Nous devons persister et résister à l’uniformisation ambiante tout en maintenant vivace notre capacité à adapter la société à nos objectifs humains à chaque fois que cela se fait sentir comme nous l’avons fait il y a 50 ans. Quelle est la proportion des populations humaines que la férocité du système bancaire anglo-saxon peut faire vivre décemment? Quelle est la proportion des populations humaines que le système économique néo-libéral américain basé sur le chacun-pour-soi peut faire vivre efficacement? Pas compliqué ça: un système qui n’arrive pas à prendre soin de chacun des siens n’est pas un bon système. Le modèle de coopératisme québécois est probablement un des mieux adaptés. S’il y avait plusieurs modèles économiques en concurrence dans la même société, ce serait encore mieux (micro crédit, troc, capitalisme, coopératisme, commensalisme, etc.) Chaque degré de complexité devrait faire usage d’un système économique qui lui soit le mieux adapté. Par ailleurs si nous avions l’usage d’une réelle démocratie constituée sur des bases organiques d’humanité les sous-systèmes tels le socialisme et le capitalisme ne seraient pas nécessaires, ils seraient l’un comme l’autre implicites. Il n’est pas plus naturel de toujours travailler pour les autres. Pas plus qu’il n’est naturel de toujours exploiter l’autre.
Sept millions de citoyens, cela fera toujours sept millions de fois, un [1] seul organisme vivant [même si nous ne sommes jamais seuls à contribuer à notre propre constitution. L’autre à commencer par papa/maman est toujours là, à l’intérieur de soi, à exercer son influence ou à partager sa vie avec nous].
C’est ainsi que nous avons été conditionnés par la vie, c’est ainsi que la nature a appris à nous faire une place. Il est impossible qu’un seul neurone dans un cerveau soit plus brillant que le cerveau dans son ensemble. À long terme, aucun autre modèle de démocratie n’a de sens.
Nous ne sommes pas des fourmis, des abeilles, guêpes ou termites et cela devrait se constater dans le modèle de démocratie en usage. L’autonomie et la responsabilité envers la survie de l’espèce impartie à l’individu sont très étendues. Nous devrions en tenir compte au lieu de nous en méfier naturellement. Une telle démocratie implique l’usage de mécanismes de négociation permanent entre les citoyens et les différents groupes d’égale importance composant une société étendue. Le modèle actuel en est un de conflits perpétuels, comme si chaque société était un gladiateur dans l’arène romaine et les citoyens des chrétiens livrés à la férocité des fauves.
Nous ne sommes plus des petits groupes épars à la surface d’une planète dont on comprend peu de choses. L’humanité fait sentir sa présence et nous n’en sommes plus à l’avènement des encyclopédistes. L’effort de compréhension de la réalité a été fait et la science se veut objective. Les savoirs accumulés nous permettent de faire usage d’une vision mieux éclairée de la condition humaine. Pour cela je suis Québécois souverainiste parce qu’une vie humaine sensée n’est possible qu’à la condition de structurer l’Être au sein d’une entité symbolique sensée [qui ait du sens en ayant des airs de famille élargie].
De quel droit absolu la culture anglo-saxonne jouirait-elle naturellement pour s’imposer à nous comme elle le fait? De quelle supériorité génétique bénéficie-t-elle qui lui permet de nous interdire de faire notre place sans elle? Est-ce que son impérialisme aveugle contribue mieux que notre culture à la survie de l’espèce humaine ou la met-elle en danger à long terme?
Qu’il y ait un lieu, un territoire clairement défini, un pays pour porter notre culture qui soit le Québec est capital. Le modèle démocratique qui nous a été imposé par la brutalité armée est très loin d’être le meilleur possible. Il n’est pas dans notre nature génétique d’imaginer un modèle qui soit idéal pour plusieurs générations successives de citoyens, mais il serait de bien des manières préférable à tout autre lorsqu’il sera notre création, lorsqu’il sera l’expression de nos préoccupations et de notre originalité.
Notre démocratie ne devrait pas se limiter à choisir un maître, mais un gouvernement qui soit un arbitre par lequel canaliser tout ce qui permet malgré les limites de notre nature profonde de vivre ensemble en très grand nombre. Sept, huit, neuf millions de citoyens représentent déjà un assez grand nombre, surtout lorsqu’on comprend que la nature ne l’a pas prévu. Un nombre suffisant lorsqu’on considère qu’à la place de ce que la nature pouvait prévoir, la plus grande menace à l’existence d’un groupe humain est parfois et durant très longtemps un autre groupe humain. Je ne crois pas que la nature ait prévu que la culture du voisin serait la plus grande menace à la survie des manières de vivre d’une partie de l’humanité (?).
Je crois en un pays pour les Québécois parce que même si cela ne semble pas naturel de l’accepter, l’humanité, malgré elle, ne peut se passer d’un Québec qui soit québécois. L’humanité a besoin de notre originalité et de notre résilience, parce qu’heureusement, tous le disent, nos valeurs culturelles soutiennent le vivre ensemble!

CONTACT US

We're not around right now. But you can send us an email and we'll get back to you, asap.

En cours d’envoi

©2018 Jonathan Gosselin - bourjoi.com

Vous connecter avec vos identifiants

Vous avez oublié vos informations ?