J’avais à peine dix ans, lorsqu’au lieu de rêver de devenir pompier, plombier, mécanicien, ou menuisier, j’ai choisi que faire de l’art ferait de moi un être humain, un citoyen acceptable comme les autres.
Sans égard au fait que l’art accompagne les sociétés, les civilisations humaines depuis plus de trente mille ans, chaque génération, redoutant que cela ne la fasse pas vivre matériellement ou conteste ses certitudes, se demande à quoi l’art peut bien servir.
J’ai mis quarante ans à répondre que cela sert à remplir et couvrir d’humanité la grotte univers comme l’est inévitablement notre imaginaire intérieur.
Traditionnellement, chaque année, au milieu de l’hiver froid, au milieu des victuailles et des présents de toutes sortes, nous offrons les vœux de bonne année et nous remémorons ensemble l’année écoulée. Nous cherchons la continuité de tout ce qui nous a animés et ce qui nous animera en espérant ne pas reproduire ce qui pourrait entraver nos pas.
D’une année à l’autre, nous renouvelons les résolutions du Nouvel An. D’une année à l’autre, nous entretenons la conviction que nous devenons plus sages ou avisés.
Même si le désir de faire mieux, d’améliorer ce que nous croyons nécessaire reste bien vivace toute l’année, il est rare que les résolutions du Nouvel An survivent jusqu’au Nouvel An suivant. Cela nous porte à douter de nos talents, de notre volonté.
Depuis longtemps nous préférons croire que le talent est à l’origine de l’exceptionnel. Une substance, un éther mystérieux qui viendrait on ne sait d’où et se logerait dans l’esprit de quelques-uns. Les plus chanceux.
Malcolm Gladwell, dans son ouvrage intitulé «Les prodiges» découvre que la maîtrise d’un art ou d’une habilité n’atteint un niveau d’excellence incomparable qu’à la suite de 10 000 heures de pratique intense. Plus ou moins dix années d’engagement personnel. Il y a évidemment beaucoup plus que dix mille heures dans le cours d’une vie d’humanisation de soi. Le résultat devrait en être d’autant plus remarquable.
Il n’y a concrètement accomplissement que s’il y a fidélité tenace envers ce qui fait vivre le cœur face à la société, face aux amis, face à la famille, face à soi. Ce que nous percevons comme un talent exceptionnel ne serait qu’une opportunité, une circonstance de vie qui aurait été saisie au passage, au bon moment.
Les modèles seraient l’enfant joueur de hockey qui aurait eu accès aux meilleurs entrainements, meilleures glaces, meilleurs équipements, encouragements et entraineurs tôt et très longtemps dans sa vie. Les musiciens comme les Beatles qui auraient eu l’occasion de jouer sans relâche alors qu’ils étaient jeunes. Steve Jobs qui a tôt eu accès aux premiers ordinateurs comme Bill Gates. Bref l’exposition à la meilleure société, la famille, un mentor qui aurait donné le bon coup de pouce au bon moment, durant assez longtemps. Sans cela, tout repose sur une capacité singulière à se construire une identité à soi.
La nature humaine véritable n’est plus ce que nous nous transmettons oralement avec beaucoup de conviction d’une génération à l’autre, de l’un à l’autre depuis des lustres. Au cours des quarante dernières années, la science nous voit différemment de ce que nous avons toujours cru. Ce que nous croyons de notre nature n’est depuis longtemps qu’un projet, un souhait, un rêve. Ce qui nous fait humains est en premier lieu constitué de 100 milliards de neurones s’activant à la reconnaissance de formes «pattern». S’il y a vraiment talent, ce talent consisterait à l’éduquer le mieux possible dans une société humaine qui saurait le recevoir correctement. Trop souvent cela semble livré au hasard, à la chance même. Ce cerveau unique est un organe qui ne sert qu’à vivre comme un cœur ou des poumons. Nous pouvons en faire ce que nous voulons. Comme nos jambes que nous pouvons aisément faire marcher, courir, sauter, danser. C’est ainsi que faire de l’art est devenu ma seconde nature. Même s’il n’est pas complètement formé avant l’âge de vingt-cinq ans, notre bel organe cérébral ne sert pas tant à penser qu’à penser à vivre toute la vie durant. Peu lui importe qu’il soit locuteur latin ou cyrillique, qu’il fasse de l’art ou la cuisine, cela n’est qu’un faisceau de moyens, de manières de vivre et de rester en vie.
Chacun d’entre nous serait doté d’un cerveau original. Un exemplaire unique. Chacun de nous aurait comme n’importe quel artiste à faire de cet organe qui a évolué durant des millions d’années en nature, naturellement, sans foi, ni loi ni toit, un citoyen, une œuvre reconnaissable. Nous avons, à l’évidence nous y arrivons, en toute humanité à adopter un caractère, une forme, une manière d’être, un style avec soi et les autres pour soi et pour les autres. Nous devons rechercher un esthétisme de vie comme l’artiste le fait pour l’art.
À notre manière nous sommes tous artistes singuliers.
Le Nouvel An est une excellente occasion à la fin d’une année, au début d’une autre pour réfléchir et voir où nous en sommes. Comme l’artiste qui reconnaît que l’œuvre qu’il aime le plus est la prochaine, nous en avons le pouvoir, nous avons à réaliser à notre manière cette nouvelle œuvre que sera la nouvelle année !

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