Des élections, fussent-elles municipales, provinciales ou fédérales, donnent lieu à d’improbables manifestations d’émotivité. Nous comprenons mal les messages contradictoires et cherchons souvent midi à quatorze heures ou prenons l’ombre pour la proie.

Quoi qu’ils prétendent, nous ne connaissons pas les candidats. Du moins, une poignée de main aussi chaleureuse soit-elle et quelques discours télévisés ou radiophoniques ne suffisent pas à nous les faire bien connaître. Parfois, même la proximité n’y arrive pas. Certains hommes, ayant accumulé depuis l’enfance une gamme étendue d’astuces, parviennent habilement à dissimuler leur immaturité, leurs travers ou leurs motivations narcissiques. Certains restent, malgré leurs efforts, froids et distants. Ils ressentent peu d’émotion pour autrui et si ce n’est de bon aloi, sont incapables d’empathie. Ils sont par conséquent efficaces comme des machines et arrivent à entraîner des organisations opportunistes dans leur sillage.

En affaires, les Américains ont l’occasion de le vérifier douloureusement : ces champions de la manipulation dilapident des montagnes de ressources tout en prétendant œuvrer à construire, à faire avancer et progresser la société ou les organisations.

Nous pouvons également observer un autre phénomène chez nos voisins du sud. Depuis plusieurs siècles, l’Occident se débat avec l’idée que nous nous faisons du réel. Nous sommes confrontés à notre nature et aux capacités opérationnelles de nos modèles psychiques. Il n’y a pas très longtemps, Descartes a découvert une méthode de pensée tricotée de pragmatisme et d’empirisme. Depuis ce temps, Darwin et Sigmund Freud ont été passionnés par la réalité concrète de notre existence et du prosaïsme de nos motivations.

Les républicains américains détestent tout ce que cela implique. Ils préfèrent les vérités qui tombent du ciel comme la rosée du matin. Autrement, ils devraient admettre être à l’origine de nombreux problèmes humains et leurs fondements chers à leur cœur seraient liés à leurs intérêts particuliers. Finalement, parce qu’ils se mentent à eux-mêmes, ils ne peuvent que dériver d’une solution déplorable à l’autre. Ces hommes aux mentalités rétrogrades maintiennent en place de toutes leurs forces un monde humain qui devrait être révolu.

Au Québec, nous étions aux premières loges pour suivre de près la saga de Vincent Lacroix. Malgré un manque de maturité évident, il a réussi à devenir un chef de file financier, un guide même pour de nombreux adultes réputés clairvoyants. Cet homme psychiquement dissocié – nos cousins français diraient: à côté de ses pompes – ne semble même pas comprendre ce qui lui arrive et surtout le drame qu’il a causé. Il est d’une certaine manière, comme on dit, « innocent » tout en étant tout à fait coupable de ses actes.

Il y a quelques siècles, les Grecs ont imaginé la démocratie. Quoique nous ayons réussi à en faire une démocratie sociale, une flamme que chacun de nous porte en son cœur, collectivement, elle n’est que politique.

La démocratie parlementaire nous venant d’Angleterre est ainsi structurée qu’elle ne peut que trahir l’esprit démocratique moderne. Oubliant l’intérêt supérieur des électeurs, le parlementarisme pousse les adversaires partisans à s’empoigner comme des chiffonniers angoissés. Le pouvoir n’y a qu’une seule voix qui est également une voie à sens unique. Ce que Michael Fortier a tenté de démontrer en nous menaçant avec sa fausse facture. Cette fausse facture est pour moi symptomatique de ce qui pour lui serait pouvoir absolu et pour nous baudruche vide. Il est ainsi évident que je ne puis souhaiter le succès d’un parti et d’un chef qui portent ces valeurs en leur coeur.

Puisqu’ils n’hésitent pas à attaquer les caractères plutôt que les idées et à dégrader les idéaux lorsque ce ne sont pas les leurs, puisqu’ils sont d’autant plus virulents que l’idéal est essentiel, ils m’horripilent. Cinquante-huit ans de vie dans cette société complexe m’ont enseigné qu’il ne faut pas trop s’attarder à la bouche qui parle et porter plutôt son regard vers le cœur qui bat. Étant loin de nous, n’ayant la proximité ni de l’amour ni de l’amitié, ils nous trouvent étranges et se méfient de la nature profonde des Québécois et en détestent toutes les expressions originales. Ils ne prétendent nous aimer, comme quelques autres Canadiens en 1995, qu’avec l’espoir de nous rendre pareils à eux.

Que ce soit Gilles Duceppe, Stéphane Dion ou les artistes lui faisant ombrage, de même que tous les partisans du Bloc québécois, Stephen Harper n’hésite pas à mépriser les Québécois. Pouvons-nous alors, comme il le fait envers nous, nous questionner sur son caractère?

Nous n’avons pas toujours eu à notre service des analyses psychologiques, sociales, journalistiques et d’innombrables mots de vocabulaire pour comprendre nos vis-à-vis. Nous avons depuis des millénaires dû nous baser sur nos impressions les plus subtiles. Si nous l’avions fait avec Vincent Lacroix, il n’aurait jamais eu l’occasion de commettre le drame que nous connaissons tous.

Puisque le non verbal est le premier message que nous recevons lorsque nous rencontrons un inconnu, je ne peux m’empêcher de me demander ce que cache Stephen Harper sous son air de grand garçon contrit?

En page 155 de son ouvrage intitulé « Le destin psychique de l’enfant », François Dumesnil, éminent psychologue, écrit :

« Le monde sera appréhendé affectivement, de façon égocentrique, à partir des besoins du soi. La personne gratifiante sera bonne, la personne frustrante mauvaise; les personnes dignes d’être côtoyées seront celles qui permettent de satisfaire aux exigences du soi imposé ou s’associent à la pression contre les interdits, sans que leur valeur objective soit prise en considération, et ainsi de suite. »

Il n’hésiterait pas par exemple à nous menacer des pires malheurs en accusant grossièrement ses adversaires de les lui souhaiter alors qu’il est prêt à nous livrer aux lois du marché, à la loi de la jungle économique et à celle du plus fort la poche dont souffrent amèrement les Américains.

Tout le contraire de monsieur Gilles Duceppe qui, faisant la démonstration de sa maturité, nous a plus d’une fois affirmé qu’il n’avait pas de plan de carrière. Il nous a alors dit à sa manière qu’il a une vie satisfaisante pour lui et ne craint pas de la vivre sans être chef du Bloc québécois. J’extrapole et prétends qu’il agit comme un homme au service d’un parti, d’une nation et des Québécois. Tant qu’il se sent utile, il reste. Lorsqu’il ne sera plus l’homme de la situation, contrairement à ce qu’il semblerait pour Stephen Harper, il n’en fera pas une catastrophe personnelle.

Par ailleurs au sujet des jeunes contrevenants : le 20 novembre 1959, l’ONU proclamait la Déclaration des droits de l’enfant et trente ans plus tard (il y a moins de vingt ans de cela), l’UNESCO adoptait la convention relative aux droits de l’enfant.

L’UNESCO, selon son expression; considérait enfant tout être humain âgé de moins de dix-huit ans.

« À l’article 2.2, il est écrit ; les États parties prennent toutes les mesures appropriées pour que l’enfant soit effectivement protégé contre toutes formes de discrimination ou de sanction motivées par la situation juridique, les activités, les opinions déclarées ou les convictions de ses parents, de ses représentants légaux ou des membres de sa famille.»

« À l’article 3.2, il est écrit : dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale. (ce dernier segment souligné par mes soins)»

Nous avons en mémoire une autre analyse. Il est de notoriété publique que nous, adultes, avons tendance à reproduire les modèles « patterns » de notre enfance. Même si certains y arrivent, peu d’hommes transcendent leur nature profonde et restent toute leur vie le jouet de leurs compulsions psychiques. Cela pourrait expliquer pourquoi un homme comme George W. Bush n’arrive pas à être à la hauteur de son rôle. Pourquoi avons-nous toujours des doutes sur son honnêteté? Est-ce parce que nous percevons confusément les doutes sur lui-même qu’il cache à son propre regard derrière sa raideur corporelle?

Il est difficile de procéder à l’analyse d’un homme attaché au pouvoir sans sembler le démoniser. Comment faire autrement? Analyser est regarder pour voir et voir est parfois comprendre. Alors que j’ai fréquenté l’université durant sept ans, j’ai travaillé durant vingt-cinq ans dans des usines au Québec, en Ontario et au Labrador. Des ouvriers plus âgés que moi m’ont quelques fois incité à allumer mes lumières (intellectuelles). Observer les gestes des hommes simplement et prendre conscience que ce que je voyais était probablement tout ce qu’il y avait à comprendre. Je ne crois pas que Stephen Harper veuille réduire les jeunes contrevenants au silence pour plaire aux extrémistes de son parti. Cela ne fait que brouiller notre compréhension de ce qui se passe et de ce qui pourrait arriver avec cet homme-là.

Pour cela, nous devons le constater, toutes les sociétés logent en leur sein des Samuel Parris. Ils n’ont que le châtiment et la méfiance à opposer à leurs angoisses.

Ce qui nous semble être l’expression d’un agenda caché serait plutôt les apparences d’un malaise psychique que nous percevons confusément. Ce besoin qui n’a rien à voir avec la politique influe malheureusement sur toutes ses décisions d’une manière que la modernité ne souhaite pas, mais auquel une certaine proportion de nos citoyens, qu’ils soient canadiens ou québécois, sont sensibles.

De toute façon, je crois que nous devons surtout faire confiance à ceux que nous connaissons et qui nous respectent. Stephen Harper n’est pas de ceux-là.

Nous nous souvenons tous de l’outrecuidance de Jean Chrétien. En suivant l’exemple de Pierre-Elliot Trudeau, il n’a pas hésité à abuser des faiblesses de la démocratie canadienne en concentrant despotiquement tout le pouvoir politique canadien au sein de son exécutif et même dans son bureau.

C’est ce qu’il y a le plus à craindre de Stephen Harper. Il se complaira, si cela est possible, encore plus dans cet excès de contrôle en excluant de ses bonnes grâces, comme il ne cesse de le répéter, tous les citoyens n’ayant pas voté pour lui.

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