Le 23 février 2016, à la librairie Olivieri, j’ai assisté au lancement de l’ouvrage portant sur la contre-culture au Québec. On y a beaucoup parlé de la revue Mainmise qui en a été, de 1970 à 1978, un porteur remarquable. À sa manière modeste et courageuse, cette revue a été au Québec l’encyclopédie de la contre-culture nord-américaine de ces années-là. Une sorte de «Whole earth catalog québécois». J’y étais. J’y croyais alors. L’aspect saltimbanque et l’Insistance à croire qu’un peu d’étourdissement ouvrait l’esprit me semblaient tout de même, c’est le moins qu’on puisse dire, naïfs. 40 ans plus tard, je crois toujours la contre-culture essentielle à la bonne santé d’une société. Une sorte d’anticorps à la sclérose inévitable de notre civilisation. En fait de toutes les civilisations qui ne peuvent éviter la pulsion impérialiste.

Lors du lancement du livre, nous avons assisté à l’étalement d’un cadavre à l’état de squelette. 5 auteurs montrant qui un tibia, un péroné, une cote. Point de crâne. J’ai demandé si la contre-culture existait toujours. Ni l’assemblée représentée par tous les âges qui était nombreuse, y compris quelques têtes d’affiche d’il y a 40 ans, ni le panel de doctes spécialistes n’ont su le dire. Me souvenant de L’Osstidcho de ses acteurs et de ce que cela et tous sont devenus, je suis monté au micro et demandé si la contre-culture n’était que réaction de la jeunesse peinant à s’ajuster à la culture normative ou réaction d’impatience de cette jeunesse pressée de jouer du coude ? Il n’y eut aucune réponse. L’assemblée et le panel ne savaient pas y répondre. Ils ont soulevé les épaules.

J’ai aussi affirmé que selon moi toutes les civilisations se dégradaient avec le temps et que la nôtre était en fin de course. L’a-t-on entendu et compris ? Je ne sais pas, la salle a tout de même réagi.

La contre-culture n’est plus là où on croit la trouver. Elle se trouve dans les découvertes scientifiques de ces derniers 50 ans. Dans son ouvrage intitulé «Cognitive justice in a global world. Prudent knowledge for a decent life, Boaventura de Sousa Santos» affirme qu’il ne doit plus avoir de séparation entre sciences humaines et sciences naturelles. Dorénavant nous devons considérer qu’il n’y a pas de séparation entre l’humain et la nature. En fait la nature est en l’humain comme en tout ce qui vit et par conséquent l’être humain est à la fois par sa «culture» auteur et sa «nature» acteur. Par conséquent aucun humain ne peut prétendre à des qualités qui en feraient le maître d’autres humains ou le meilleur guide d’un grand nombre sans la contribution de ce nombre.

Selon moi la contre-culture comme elle est comprise et étudiée est tout simplement devenue une branche commerciale de la culture normative. Un souvenir ravissant. Un objet de commerce, un objet d’étude comme un autre. Notre époque n’a plus de contre-culture parce qu’elle n’a plus de culture réelle à laquelle s’opposer. Nous sommes une époque sans culture. Nous n’avons plus que des divertissements culturels. Ce qui se prétend être expression de la «grande» culture n’est plus que rassemblement convenus de beaux esprits.

Par ailleurs le capitalisme, quelques soient ses origines culturelles, avec sa mondialisation de la cupidité et sa vassalisation du politique nous met tous en danger. Tous nous nous sentons menacés. Beaucoup se réfugient derrière ce qu’ils croient des certitudes rassurantes. Nous n’arrivons plus à réfléchir. La société est le siège d’un égarement étourdissant.

La démocratie uniquement armée de rêves est elle-même devenue la contre-culture du pouvoir politique. L’humanisme est devenu la contre-culture du capitalisme de marché noir de pétrole. Le vivant lui-même et la nature sont devenus la contre-culture de la méga technologie des empires industriels.

L’angoisse n’a pas de mots justes pour se dire «Allan N. Schore, La régulation affective et la réparation du soi», et se sert des mots qu’elle trouve. Des mots qui ne sont que personnages se tenant côté cour de la scène. On voit rarement que se contenter d’étudier le jeu de cet acteur sur la scène ne permet pas de comprendre l’acteur qui doit vivre hors de la scène à la fois dans la cour et le jardin sans le masque du personnage.

Croyant nous conformer nous jugeons tout ce qui éveille notre conscience et nos angoisses plutôt que chercher à débusquer le mal qui provoque ces angoisses.

Hélas!

(Un clic sur l’image pour l’agrandir. «HÉLAS! L’infirmité»,  par Bourjoi)

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