Rapport Bouchard et Taylor

Lorsque Bombardier offre des avions, il est en concurrence avec une compagnie brésilienne. C’est loin le Brésil. Lorsque Bombardier accepte de fabriquer des wagons pour le métro de Montréal, une compagnie européenne s’y oppose. C’est loin l’Europe, de l’autre côté de l’océan Atlantique. Lorsque la SAQ commande des nouveaux uniformes, ils sont fabriqués en Chine. C’est loin la chine.

Nos kiosques à journaux et revues sont surchargés, c’est heureux, de publications venant de loin espérant ramasser, ce qui est moins désirable, le pactole en nos terres. Ce qui ne gâche rien pour eux ils en profitent pour remplir nos esprits de leurs désirs. Leur cinéma également est en concurrence avec notre cinéma. Que tous les êtres vivants soient en concurrence est une réalité universelle.

Lorsque nous avons fait un référendum sur la concrétisation de l’identité nationale des Québécois. Des citoyens de Vancouver sont venus nous faire du chantage affectif. C’est loin Vancouver.

Il y à peine dix jours de cela mon oncle par alliance Jean-Louis est décédé des suites du cancer. Les cellules cancéreuses qui l’ont tué n’étaient pas des cellules chargées de mort. Chacune d’elle aussi envahissante qu’elle ait été, était tout bonnement vivante et entière. Elles étaient toutes vivantes, très vivantes même.

C’est justement parce qu’elles sont vivantes et qu’elles refusent de mourir à la fin de leur cycle naturel de vie qu’elles sont cancéreuses, s’empilent et envahissent le grand organisme qui finalement s’effondre. Elles ne cherchaient aucunement la perte du grand organisme. Tout bonnement, à vivre.

La vie, la vie réelle est ainsi faite que tout ce qui vit est en compétition pour poursuivre son existence. Le réel et ses ressources sont limités. Les pulsions de vie, elles illimitées. La pulsion de vie n’est pas concrète, mais ses effets eux sont concrets. C’est pour ça que tous les organismes vivants ont des mécanismes immunitaires, des systèmes de protection de leur intégrité. Non pas parce qu’ils sont menacés par la mort. La mort ce n’est rien. C’est parce qu’ils sont menacés par le vivant. Le vivant candide et innocent qui ne cherche qu’à rester vivant. Les microbes, les bactéries, les virus ne cherchent tous qu’à vivre.

Lorsqu’un bébé naît. Il est mis au monde une première fois. Son corps vient au monde. Il peut naître n’importe où sur la planète. Cela n’a aucune importance. La génétique s’assure de cela ; que nous survivions au chaud et au froid, au sec et à l’humide.

Les humains doivent contrairement aux animaux naître deux fois. Pour la deuxième fois, le lieu, la géographie font toute la différence, engendrent toutes les différences. Le même bagage génétique à Montréal ne donne pas lors de la deuxième naissance, la naissance de l’identité conscience, la même nature finale qu’en Chine, en Australie, en Iran, aux ÉU ou en Russie.

Le code génétique de la deuxième naissance, la deuxième nature qui nous importe le plus nous les êtres humains est culturelle. Elle s’apprend durant les premières années de la vie, elle est le résultat d’un apprentissage qui débute avec la langue parlée, la langue dite maternelle (?) et qui en passant par les croyances religieuses se poursuit jusqu’à ce qu’on devienne pompier, comptable, mécanicien ou médecin. La société américaine n’a-t-elle pas inventé le phénomène des « born again »

Il est prévisible que la deuxième naissance conduise à une cristallisation de l’identité, ce que les psychologues nomment le double psychique. Un double du corps fait d’expériences, de souvenirs de perceptions. Surtout de perceptions. Ce qu’on nomme altérité en art. Tout phénomène expérimenté par chacun de nous est altéré. Il est perçu différemment, il conduit à une expérience personnelle qu’on ne peut partager entièrement.

Bouchard et Taylor bénéficient de l’extrême privilège de vivre une vie douce dans une société paisible. Être magnanime est ainsi aisé. Penser la légitimité de l’existence humaine dans l’absolu est intellectuellement séduisant.

S’il y a des traits identitaires communs aux Québécois, il y en aurait deux qui sortent du lot. D’abord l’empathie se traduisant en humanisme ayant le pacifisme comme attitude.

Nous démontrons avec ce qu’on appelle l’état providence et l’importance qu’on lui accorde notre générosité envers l’autre, envers sa sécurité. Nous sommes préoccupés par le bien-être de tous. Nous cherchons à leur être agréables. Lorsqu’un touriste anglophone nous aborde dans la rue. Immédiatement nous conversons dans sa langue. Même dans les réunions. Un seul est de langue anglaise, tous nous nous mettons à l’anglais. Cela n’est pas sans prix, sans sacrifices collectifs, pourtant on y tient.

Notre pacifisme est notre deuxième trait de caractère culturel. Nous ne sommes pas une société sans délinquance. Il n’y a qu’en utopie que cela n’existe pas. Les plus violents, les gangs de rue, par ailleurs nous les importons. Toutes les statistiques le disent, la culture Québécoise ne porte pas à la violence. Nous sommes une terre d’accueil attirante.

Lorsqu’un immigrant nous arrive. Il n’est pas un agresseur, il n’est pas sauf pour quelques délinquants volontairement destructeurs.

Il est en vie comme tout ce qui vit. Il n’est pas vivant n’importe comment. Si c’est un adulte, sa deuxième naissance est achevée, il a adopté une identité psychique qu’il a besoin de maintenir et cherchera à maintenir. Comme tout ce qui vit, il cherche la durée.

Il sera à l’égal de tout ce qui vit puisque le réel et ses ressources sont limités et que la pulsion de vie est impalpable et sans frontières, illimitée, en compétition, même amicalement, même humainement avec ceux et celles qui chercheront à partager son identité.

Tout partage est échange, dons et pertes.

Rien de ce qui vit ne vit sans compétition.

Si la société québécoise veut rester québécoise elle ne peut comme ses deux grands enfants chéris et choyés les « Tout bons » que sont messieurs Bouchard et Taylor être aussi naïve et candide. Ce n’est pas parce qu’un immigrant est comme nous doux et amical qu’il ne cherche pas à continuer de vivre, à continuer de se ressembler le reste de sa vie et à rendre ses enfants semblables à lui-même. Si la nationalité n’est pas génétique, la culture est la manière qu’on vit une vie. Les variations sur un thème qui composent notre nature d’humain conscient.

C’est à l’école qu’on apprend l’essentiel de la culture normative. Normative parce qu’elle permet à un grand nombre d’individus d’adopter une culture commune et ainsi se comprendre mutuellement; ce qui mieux au Québec qu’en beaucoup d’autres lieux se fait paisiblement et ne peut se faire sans nous assurer de maintenir un minimum de mécanismes immunitaires.

C’est beaucoup plus long de désapprendre qu’apprendre. Tous ces hommes, ces femmes et ces enfants, par ailleurs sympathiques, doivent accepter l’idée que la culture est souvent affaire de géographie et que la géographie de leur culture d’origine est éloignée. Nous devons insister afin qu’ils acceptent de bonne grâce d’adopter la culture d’accueil qui elle continue de croître là où elle a vue le jour. On le sait; loin des yeux, loin du cœur. Tous, cela est évident s’en porteront mieux.

Ils doivent être tout près et cesser de venir de loin. Accepter de renaître, ce qui en ferait des êtres d’exception, une troisième fois. Parce qu’ici nous tenons nous aussi à ce que nous sommes devenus.

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